Audionomie

#3 - Fin(s) du monde

Dans cet épisode, nous allons nous intéresser à la notion omniprésente d’effondrement. En développant certaines critiques que soulève cette notion, nous essayons de montrer que le combat écologiste doit être résolument collectif, féministe, antiraciste et anticapitaliste.


Texte complet de l’épisode


La crise du Coronavirus, amenant la mort et la peur du futur, a illustré une nouvelle fois que notre société pouvait drastiquement se transformer en très peu de temps. Nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe. Bien sûr, cette vérité n’est pas une découverte pour la plupart des habitants et habitantes de cette planète. Rien que les vingt dernières années, il y a eu Katrina, la canicule européenne, les feux de forêts en Russie, le tsunami dans l’océan indien et les différentes crises financières, etc. En France aussi l’idée d’une catastrophe revient dans les consciences. Le Comité invisible, dans le livre « A nos amis », écrivait que « l’horizon de la catastrophe est ce à partir de quoi nous sommes présentement gouvernés. » En fait, l’idée de la catastrophe est devenue ces dernières années tellement présente qu’on peut acheter des best-sellers sur l’effondrement à Carrefour pour une quinzaine d’euros. Mais malheureusement la prise de conscience de l’effondrement et de la catastrophe, bien qu’elle puisse pousser à l’action politique, ne propose pas de voie vers l’émancipation. Au contraire, certains livres grands publics invitent plutôt à un repli sur soi, une acceptation et, plus généralement, une dépolitisation de la question écologique. Pire encore, cette dépolitisation est parfois justifiée par le fait qu’il serait trop tard pour agir…

Certaines personnes voudraient faire de la collapsologie et du concept d’effondrement quelque chose de neutre mais cela ne doit pas être le cas si on désire une transformation sociale se dirigeant vers l’action concrète, l’égalité et la liberté. Le but de cet épisode est donc de repolitiser la question de l’effondrement en critiquant certaines hypothèses de la collapsologie et en proposant, à la place, une analyse articulant les luttes contre différentes oppressions.


La dépolitisation de l’effondrement


Commençons par préciser un peu mieux ce qui est entendu par effondrement. La définition probablement la plus utilisée est celle donnée par Yves Cochet et utilisée dans le livre « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. La définition est la suivante : l’effondrement serait « le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. »1 Pour avoir une image, on peut imaginer les sinistres qu’on a pu voir après certaines catastrophes naturelles, comme Katrina, mais de manière durable et sur un territoire plus étendu.

Les causes de cet effondrement sont longuement discutées par les collapsolgues. Parmi celles-ci, on peut mentionner le réchauffement climatique, l’extinction des espèces, la croissance de la population humaine, le pic pétrolier, la déplétion des ressources premières, l’accumulation de dettes, etc. Ces faits et ces conséquences ne sont pas à prendre à la légère, le dernier rapport du GIEC indique par exemple que le changement climatique provoquera des sécheresses, des inondations, des canicules, des ouragans et des feux de forets. Des événements qui, à leur tour, endommageront les infrastructures et les systèmes sociaux. Concernant l’aspect économique, on peut mentionner en particulier la crise de la dette grecque qui a plongé un peuple entier dans la précarité. Dans l’optique de questionner l’effondrement, on ne peut bien sûr pas remettre en question les nombreuses preuves scientifiques concernant le dérèglement des phénomènes naturels et les conséquences désastreuses qu’il peut entrainer. Le but de cet épisode n’est pas de nier ou de sous-estimer les problèmes environnementaux extraordinaires qui nous attendent. Le but est de questionner la dépolitisation de certains discours et la perte d’outils d’analyse théorique à cause de l’obsession pour la notion d’effondrement. Ayant précisé cela, il est tout de même important de souligner que l’apparition de la notion d’effondrement permet de remettre à l’ordre du jour les problèmes auxquelles l’humanité fait face et qui ont été trop longtemps ignorés.

Pour illustrer un peu mieux ce qu’on va faire dans cet épisode, considérons le mythe de l’Ile de Pâques souvent utilisé par les collapsologues pour illustrer l’effondrement. Selon ce mythe, la population de l’Ile de Pâques aurait augmenté jusqu’à atteindre 30’000 individus avant de s’effondrer brutalement suite à l’abattage des grands palmiers par cette population. Ce mythe est censé illustrer comment une population croît inévitablement au-delà d’une certaine capacité de charge puis s’effondre. J’ai utilisé le terme de « mythe », car cette version des faits est remise en questions par de nombreux anthropologues. Daniel Tanuro, par exemple, résume les connaissances scientifiques dans un texte intitulé « L’effondrement des sociétés humaines est-il inévitable ? » et publié dans la revue « Moins ».2 Dans ce texte, il explique que la population de l’Ile de Pâques n’a, en fait, jamais dépassé les 3’500 individus, que les grands palmiers ont disparu suite à la prolifération de rongeurs importés et que la population a été décimée par des raids esclavagistes. Pour comprendre réellement ce qu’il s’est passé sur l’Ile de Pâques il faut prendre en compte ces différents facteurs et se débarrasser d’une image trop simpliste d’un effondrement de population dû uniquement à des contraintes écologiques. L’utilité de ces détails, c’est qu’ils permettent de formuler des solutions concrètes plutôt que de se résigner à un sort qui nous semble inévitable.

Il faudrait peut-être préciser, plus généralement, ce qu’on entend par la dépolitisation de la question d’effondrement. Retournons à notre exemple de la population de l’Ile de Pâques. Il y a dans ce mythe deux visions différentes. La première version décrit l’effondrement comme un événement inévitable lié à l’augmentation de la population, alors que la seconde version le décrit comme un ensemble de facteurs dont chacun ont un rôle à jouer. Dans la première description, l’effondrement intervient inévitablement, sans possibilité de résistance. Si la population augmente, alors nécessairement elle détruira son environnement puis s’effondrera. Dans la deuxième description, la situation semble moins verrouillée et peut amener à identifier des pistes d’action. Par exemple, que ce serait-il passé si les habitants et habitantes avaient réussi à repousser les raids ? Dans ce podcast, c’est cela qu’on entendra par la dépolitisation : une analyse qui pousse vers l’inaction ou qui occulte des solutions politiques. On opposera à la dépolitisation le concept de repolitisation du discours par lequel on désigne une transformation du discours par une analyse conceptuelle plus propice à l’action politique émancipatrice. Dans la suite de cet épisode, on va analyser quelques exemples un peu plus actuels que celui de l’Ile de Pâques et montrer comment certains discours effectivement dépolitisent.


(…) c’est cela qu’on entendra par la dépolitisation : une analyse qui pousse vers l’inaction ou qui occulte des solutions politiques.


Avant de rentrer plus précisément dans le sujet, il faut mentionner que récemment pas mal de choses ont été écrites sur ces aspects de l’effondrement. D’ailleurs, pour cet épisode, je me suis inspiré de deux textes très intéressants que je vous conseille aussi. Le premier est une brochure de Jérémie Cravatte intitulée « L’effondrement, parlons-en… » et publiée par Barricade.be.3 Le deuxième est un texte du collectif Out of the Woods, traduit en français sous le titre « Les usages de la catastrophe » et publié sur le site Agitations.net4.


Le problème du verrouillage systémique


Le premier aspect de la dépolitisation du discours est la question du verrouillage systémique. Le verrouillage systémique concerne une analyse selon laquelle des effets suivraient inévitables à d’autres car ils seraient tous lié à un même « système ». Cet aspect était déjà présent dans l’exemple de l’Ile de Pâques où le système serait l’Ile toute entière. On retrouve ce genre de discours lorsque certains collapsologues étudient les possibilités d’effondrement à cause de la déplétion du pétrole ou d’autres resources naturelles. Dans un entretien accordé à Reporterre en 2015, Pablo Servigne dit, par exemple : « Sans énergies fossiles il n’y a plus de croissance. Donc toutes les dettes ne seront jamais remboursées, et c’est tout notre système économique qui va s’effondrer comme un château de cartes. » Puis plus loin que l’effondrement économique « peut déclencher un effondrement politique, et plus tard un effondrement des institutions sociales, de la foi en l’humanité, de la culture, etc. » Plus loin dans cet entretien, Pablo Servigne affirme que l’effondrement est inévitable car la fin du pétrole est inévitable et que la seule option est d’apprendre « à gérer sa raison, à gérer ses émotions, à gérer son rapport avec les autres, avec l’avenir. ».5

Daniel Tanuro, dans « L’effondrement des sociétés humaines est-il inévitable ? » montre bien le problème de cette analyse. Selon Tanuro, cette analyse fait « comme si les rapports sociaux de la société capitaliste relevaient de lois naturelles. » Il continue en écrivant : « Les entreprises fossiles et leurs actionnaires ne veulent pas arrêter d’exploiter les stocks fossiles parce que cela ferait éclater une bulle financière, OK. Mais cette bulle est composée de capitaux fictifs. C’est le produit de la spéculation. (…) Aucune loi naturelle ne dit que la facture de l’éclatement de la bulle de carbone doit être payée par le reste de la société. Aucune loi naturelle ne dit donc que cet éclatement doit faire s’effondrer la population mondiale. » En fait, c’est exactement dans ces liens que la résistance doit s’organiser pour arriver à l’émancipation sociale. Le possible lien entre l’effondrement financier et économique montre, au contraire, que la bataille contre l’austérité et le remboursement de la dette peut être une piste d’action essentielle dans le combat écologique. C’est ce dernier point qui montre la pertinence du slogan « Fin du monde, fin du mois, même combat ! »


Le possible lien entre l’effondrement financier et économique montre, au contraire, que la bataille contre l’austérité et le remboursement de la dette peut être une piste d’action essentielle dans le combat écologique.


En fait, même si l’on est profondément convaincu d’un verrouillage systémique et de l’impossibilité d’empêcher les différentes séquences de se dérouler, cette conviction ne signifie pas qu’il ne faut pas lutter. L’effondrement peut prendre des formes différentes dont certaines seraient, en quelque sorte, atténuées si l’on agit maintenant. Jérémie Cravatte le souligne très bien dans « L’effondrement, parlons-en… » en écrivant : « Avec ou sans racisme d’État, les réponses données aux catastrophes « naturelles » comme l’ouragan Katrina sont totalement différentes. Avec ou sans austérité dans les services de lutte contre les incendies en Grèce, le monde est différent. Avec ou sans les luttes de Standing Rock ou de Black Lives Matter, le monde est encore différent. » À cette liste, il faut encore ajouter le traitement des migrants et des migrantes avec ou sans le mouvement antiraciste.

On peut aller plus loin encore dans la critique du verrouillage systémique en remettant question la notion de catastrophe « naturelle » elle-même. Dans l’article du collectif Out of the Woods mentionné précédemment, le géographe Neil Smith écrit « Qualifier les catastrophes de « naturelles » occulte le fait qu’elles sont aussi bien le produit de divisions politiques et sociales que de forces climatiques ou géologiques. Si un tremblement de terre détruit les logements sociaux mal construits et mal entretenus d’une ville, mais laisse intactes les maisons bien construites des riches, blâmer la nature permet simplement aux États, aux promoteurs et aux marchands de sommeil (sans parler de l’économie capitaliste qui est à l’origine de ces inégalités) d’être exempts de toute critique. »


Nous ne sommes pas tous et toutes égaux devant la catastrophe


La deuxième chose à remettre en question dans certains discours sur l’effondrement c’est l’idée que nous serions toutes et tous dans le même bateau. Plus précisément, que les effets de l’effondrement ainsi que la responsabilité pour celui-ci seraient partagés de manière indifférenciée par tout le monde. Si certains collapsologues insistent sur le fait que les pays les plus pauvres seront touchés en premiers, alors que ce sont les pays les moins responsables de la situation, peu font en revanche une analyse en termes de classes sociales, par exemple. Ce manque de critique sociale vient en partie des méthodes de mesures statistiques qui suppriment les différences importantes dans les responsabilités et les effets. Jean-Batiste Fressoz, dans un texte intitulé « L’Anthropocène et l’esthétique du sublime » et publié dans la revue « Mouvements », résume bien ce point en écrivant : « (…) les statistiques globales de consommation et d’émissions compactent les mille manières d’habiter la terre en quelques courbes, effaçant par la même l’immense variation des responsabilités entre les peuples et les classes sociales ».6

Parmi les exemples de ce genre discours on trouve, concernant la responsabilité face à la catastrophe, l’extrait suivant du livre « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « la demande en eau pour l’agriculture est en croissance exponentielle car elle suit la progression de la population. Plus il y a de gens, plus ils doivent manger. »7 Ici, toute la population est responsable sans prendre en compte les rapports de production imposé par le capitalisme. Or, prendre en compte ces rapports de production est essentiel pour déterminer des lignes d’actions possibles. En effet, le but du système de distribution capitaliste n’est pas d’assurer une distribution humaine des ressources, mais seulement d’accroitre les profits d’une infime partie de la population. Et cet état de fait mène inévitablement à du gaspillage et un investissement de ressources dans des choses non-essentielles, comme la sur-transformation et le marketing. Ce n’est pas la croissance humaine qu’il faut remettre cause, mais la production capitaliste de la nourriture.


Ce n’est pas la croissance humaine qu’il faut remettre cause, mais la production capitaliste de la nourriture.


Le constat de l’inégalité devant les causes devient encore plus évident si l’on regarde la consommation des ressources pour des produits moins essentiels, comme les vols en avion. En effet, en 2015 les vols en France représentaient une émission d’environ 22 millions de tonne CO2, c’est-à-dire un peu plus de 7 % des émissions totales de CO2 en France8, alors qu’en parallèle dans un sondage de Statista 41 % des Français et Françaises déclaraient n’avoir jamais pris l’avion9. Plus important encore est l’exploitation industrielle qui consomme l’énorme majorité des ressources premières sur Terre. Par exemple, en 2016, le refroidissement des centrales nucléaires consommait plus de la moitié de l’eau douce prélevé sur tout le territoire français.10 Comme on l’a déjà mentionné, l’industrie ne sert pas à satisfaire les besoins de l’humanité en premier lieu, mais seulement à contribuer à l’accumulation des profits pour une minorité de gens. Il est donc essentiel de se demander comment changer cet état de fait, de critiquer le capitalisme et d’abolir les classes sociales. Comment serait le monde si les entreprises travaillaient pour le compte de l’humanité toute entière ? Probablement que la croissance humaine ne serait pas un problème.

Parfois des présentateurs de la collapsologie justifient cette omission de critique du capitalisme de manière utilitariste. Par exemple, Absol dans une vidéo intitulée « 22 contre-arguments à la collapsologie » répond que « Les collapsologues déplorent les inégalités (.. .) mais ne mentionnent que très rarement les pouvoirs à l’orgine de ces inégalités. Et ce pour une raison toute simple, qu’ils assument complètement, celle de proposer une analyse apolitique pour sensibiliser et fédérer le plus de monde. »11 Mais de dire qu’une analyse qui omet la lutte des classes est apolitique c’est faux. Négliger la lutte des classes, impliquera forcément l’utilisation d’autres concepts d’analyse comme, par exemple, la consommation moyenne ou nationale. Et ce choix est forcément politique, puisque il n’y a pas de raison a priori de choisir le concept d’homme moyen ou de nation plutôt que celui de classes sociales. En fait, la volonté d’arriver à l’émancipation humaine devrait nous pousser vers des concepts d’analyse qui permettent de décrire et de combattre l’exploitation qu’elle soit économique ou sociale.

Il en va de même pour les effets qui résultent de la dégradation de l’environnement. Dans les sociétés, partout dans le monde et à des degrés variés, l’extrême richesse et l’extrême pauvreté se côtoient. Oxfam dans un communiqué du 20 janvier 2020 rappelle, par exemple, que les quelque 2000 milliardaires possèdent autant de richesses que 60 % de la population mondiale.12 Et ces faits signifient que ce n’est pas un effondrement générique qui aura lieu, même dans nos sociétés, mais un effondrement à deux vitesses. Ainsi, même dans nos pays riches l’effondrement est déjà là, pour une grande partie d’entre nous : c’est nos appartements qui rétrécissent, c’est les radiateurs qui restent éteint quand il fait froid, c’est le temps perdu à faire des boulots de merde, c’est le contrôle policier qui s’insère dans nos vies, etc. Comme le souligne Jérémie Cravate dans « L’effondrement parlons-en… » : « Une population en majorité malnutrie, avec un haut taux de mortalité, qui travaillerait de manière précaire pour maintenir le « niveau de vie » des plus aisés (accès aux technologies compris, en passant) n’est pas une dystopie, c’est notre situation actuelle qui serait approfondie. Les plus riches ne s’isoleront pas complètement du reste de la population dans le sens où leurs privilèges continueront de dépendre de l’exploitation de celle-ci, mais ils s’en isoleront dans le sens où ils se « bunkeriseront » encore davantage. » Un autre indice qui pointe vers cette conclusion est que les seules fonctions de l’État qui semblent se renforcer en cas de crise sont les fonctions répressives et, en particulier, l’institution policière.


Ainsi, même dans nos pays riches l’effondrement est déjà là, pour une grande partie d’entre nous : c’est nos appartements qui rétrécissent, c’est les radiateurs qui restent éteint quand il fait froid, c’est le temps perdu à faire des boulots de merde, c’est le contrôle policier qui s’insère dans nos vies, etc.


Au final, l’inégalité face aux responsabilités et aux effets n’est pas qu’une conséquence de la crise mais une cause et la redistribution radicale des richesses avec la destruction du système capitaliste est une priorité absolue.


Conclusion


Que faut-il tirer de tout ça ? Je pense que quelques conséquences et lignes d’actions claires se dessinent. D’abord, il faut se résigner au fait que le capitalisme ne s’effondrera probablement pas par lui-même et comprendre que tant que c’est ce système qui orientera la production, les conséquences des crises sont encore plus graves. Et cette remarque s’applique aussi aux autres formes d’oppressions comme le racisme, le fascisme et le partriarcat. Il faut donc insister sur une vraie convergence entre les luttes contre ces différentes oppressions et ne pas attendre avant d’agir.

Ensuite, la dépolitisation de la question de l’effondrement mène souvent à la valorisation des solutions individualistes. « Sois le changement que tu veux voir dans ce monde » est un slogan souvent repris par certains mouvements écologistes. Le fait que le problème de l’effondrement soit systémique et liée au capitalisme doit montre que les actions individuelles ne sont pas suffisantes pour envisager une transformation radicale de la société, même si elles peuvent avoir des effets réels et importants. Un exemple intéressant de ce point de vue est le végétarisme. Il est clair que la diminution de la consommation de viande est nécessaire et a des effets importants sur le nombre d’animaux élevés et tués. Le site countinganimals.com estime qu’aux États-unis chaque personne végétarienne sauve 25 animaux terrestres par année.13 En parallèle, certaines des entreprises de substituts végétariens sont aussi des entreprises de production de viande qui continueront à détruire l’environnement et les vies animales, tant que l’unique but sera l’accumulation des profits. Le simple buycott bien qu’ayant des effets concrets, n’est pas suffisant pour changer le système de production. Un autre exemple particulier de l’individualisme, c’est le soi-disant « survivalisme » préconisé par certains collapsologues. Mais sérieusement, quel est l’intérêt de construire une base individuelle, alors que quelques centaines de kilomètres plus loin des centrales nucléaires se dégradent et risquent d’empoisonner tout le territoire ?

Finalement, la conclusion la plus importante est, je pense, le fait que les solutions collectives seront les seules qui nous permettrons d’éviter les effets les plus graves d’une catastrophe. Et comme on l’a mentionné précédemment, ces actions collectives doivent se situer dans un cadre féministe, antiraciste, antifasciste et anticapitaliste. Heureusement beaucoup d’initiatives comme cela existent déjà. On peut mentionner le mouvement des cantines, comme le RAARE à Angers14, qui produisent, transforment et distribuent à prix libre des centaines de repas pour les personnes en luttes et les plus précaires. Il faut aussi mentionner les différentes ZAD qui par l’occupation de lieux s’opposent directement à l’implantation des grands projets inutiles. Et aussi, les groupes qui combattent juridiquement la répression d’État sur les militantes et militants, ainsi que les médias libres qui diffusent ces actions de résistances. En réalité, les buts sont clairs : il faut construire des zones autonomes, lancer une forme de production alternative au capitalisme, décentraliser les institutions de pouvoir, revitaliser les campagnes, redistribuer les richesses, etc. Dans ces crises qui nous menacent, nous avons un monde à construire.


Notes


  1. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Éditions du Seuil, 2015, p.18.
  2. Cet article est reproduit sur le site gaucheanticapitaliste.org.
  3. La brochure est disponible en téléchargement libre sur le site Barricade.be.
  4. Lire l’article sur le site Agitations.net.
  5. Lire l’interview sur le site Reporterre.net.
  6. Lire le texte sur le site de la revue Mouvements.
  7. Cité par Absol, L’effondrement de notre civilisation industrielle, vidéo disponible sur YouTube.
  8. Les données sont disponibles sur le site du Ministère de la Transition écologique.
  9. Les données sont disponibles sur le site de Statista.
  10.  Voir le rapport d’information de l’Assemblée Nationale déposé le 4 juin 2020.
  11.  Absol, 22 contre-arguments à la collapsologie, vidéo disponible sur Youtube.
  12.  Lire le communiqué sur le site d’Oxfam France.
  13.  Lire l’analyse en anglais sur le site Counting Animals.
  14.  Pour plus d’information voir la page Facebook du RAARE.